Tourisme religieux juif : un potentiel de départ de 60.000 pèlerins

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Depuis l’ouverture de lignes directes entre le Maroc et Israël, les 800.000 Israéliens d’origine marocaine sont davantage tentés de venir honorer les saints enterrés dans le pays de leurs ascendants. Une dynamique qui a pour effet d’encourager une partie de la diaspora juive résidant dans d’autres pays européens et américains (USA et Canada) à effectuer des pèlerinages au Maroc.

Serge Berdugo semble visiblement ému par le retour massif des juifs du Maroc et de leurs descendants, phénomène unique dans le monde arabo-musulman. Le président du Conseil israélite du Maroc avance que la Hiloula, qui a rassemblé 2.000 pèlerins à Essaouira pour célébrer le souvenir du grand rabbin Haim Pinto, n’est qu’un début.

600 possibilités annuelles de célébration de Hiloula 

« À l’avenir, les Hiloula, qui sont l’équivalent de la célébration d’un saint homme (salih) dans un marabout vénéré par les musulmans, pourront se multiplier par centaines.

« En effet, il existe au Maroc pas moins de 600 lieux répertoriés où sont enterrés des saints juifs, dont à peine 20 qui sont exploités dans vingt villes marocaines », rappelle Berdugo pour qui les juifs religieux de la diaspora disséminée à travers le monde seront de plus en plus nombreux à venir au Maroc.

« De plus, ces événements religieux peuvent être célébrés deux fois par an, à savoir pour commémorer le jour de la mort du saint, suivie ensuite d’une fête appelée Lag Ba Omer censé mettre fin à la période de deuil et honorer la vie du saint », précise le président du Conseil israélite du Maroc.

Sur les raisons de son optimisme, il affirme que chaque juif marocain pratiquant a son propre saint, et que certains d’entre eux peuvent mobiliser des foules importantes.

60.000 arrivées religieuses en 2023 contre moins de 20.000 auparavant

Selon lui, il existe un lien affectif incroyable entre la communauté religieuse expatriée et les saints enterrés au Maroc ; et certains pèlerins sont capables de venir deux à trois fois au cours de la même année.

« A court terme, le potentiel d’arrivées de touristes religieux ayant un lien étroit avec les saints est d’au moins 60.000 pèlerins qui viendront de toute la planète, y compris comme on a pu le constater dernièrement de membres de la communauté d’origine marocaine vivant en Amazonie », précise le président du Conseil israélite du Maroc. Il ajoute que les opérateurs touristiques ont pris conscience de cette manne qui était largement sous-exploitée, avec moins de 20.000 arrivées de visiteurs religieux avant l’ouverture des lignes directes entre le Maroc et Israël.

Les opérateurs vont proposer des circuits religieux

Le principal changement consiste à proposer aux pèlerins des circuits pour découvrir des lieux saints dans d’autres villes du Royaume alors que, par le passé, ils venaient célébrer un seul évènement religieux avant de repartir directement.

Afin de multiplier le nombre de Hiloula qui ne dépasse pas la quarantaine actuellement, un comité d’experts a été chargé de réaliser un inventaire des lieux saints peu connus ou inexploités. L’objectif est de leur donner davantage de visibilité auprès des pèlerins, avec le soutien du ministère du Tourisme et de l’ONMT.

« Nous sommes en train de créer un programme détaillé de circuits religieux sur tout le territoire national, qui n’existait pas auparavant. Il permettra de faire venir de très nombreux membres de la communauté désireux d’honorer les saints de leur région natale ou celle de leurs lointains ascendants », conclut Berdugo. Il précise que le Maroc est le seul pays du monde arabo-musulman à bénéficier du retour de la communauté juive expatriée.

Des mesures marocaines qui ont permis de développer la niche du tourisme religieux

Tout aussi optimiste sur le potentiel religieux juif, la ministre du Tourisme rappelle que, en 2019, le tourisme émetteur israélien à l’international correspondait à 9,1 millions de touristes qui ont dépensé 8 milliards de dollars. Le Maroc ne capte que la faible quote-part de 40.000 touristes, alors qu’il figure dans le top 10 des destinations privilégiées par le touriste israélien.

Selon Fatim-Zahra Ammor, la conjoncture actuelle est particulièrement favorable au développement de cette niche touristique, grâce au rétablissement des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, au lancement des procédures de visas électroniques dont les Israéliens ont été les premiers à bénéficier et, enfin, à la mise en place de liaisons aériennes directes entre le Maroc et Israël.

100.000 arrivées israéliennes prévues à la fin de 2022

« Le bilan à fin août est positif avec 36.000 arrivées, soit le double de celles de la même période de 2019 ; et nous prévoyons de maintenir cette tendance jusqu’à la fin de l’année 2022, soit doubler le nombre de touristes israéliens de 2019 (environ 50.000 arrivées) », indique la ministre

« Le suivi de la demande des touristes au Maroc montre que les touristes israéliens passent en moyenne dix à quinze jours au Maroc et consacrent moins d’une journée au pèlerinage, ce qui leur donne l’opportunité de découvrir le pays. Ainsi, leur demande s’oriente plus vers l’aventure et la découverte de nouvelles destinations comme Chefchaouen, Tanger et Tétouan. »

Création d’un label Cacher Maroc pour séduire le segment religieux

« Conscients du potentiel de développement de ce segment, nous travaillons actuellement sur la mise en place des prérequis nécessaires pour assurer à ces touristes des conditions favorables de séjour, en prenant en considération leurs habitudes de consommations et de voyage », souligne Fatim-Zahra Ammor.

« A ce titre, nous avons signé une convention de partenariat avec le Conseil des communautés israélites au Maroc, qui donne un cadre global pour réglementer les aspects de la vie juive au Maroc, en verrouillant notamment le contrôle et la délivrance des prestations cacher pour aboutir à un label Cacher Maroc mondialement reconnu, et pour la mise en valeur du patrimoine hébraïque national », conclut la ministre. Elle rappelle que la célébration de la Hiloula du saint Rabbi Haïm Pinto à Essaouira a constitué une occasion pour les pèlerins de confession juive de renouer avec leurs racines marocaines.

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