Le tourisme durable doit affronter ses paradoxes ! 🔑

0

  • Appli mobile TourMaG
  • AppStore
  • Google Play

Le décryptage de Josette Sicsic (Futuroscopie)


A l’heure oĂč les UniversitĂ©s du tourisme durable dont c’était la huitiĂšme Ă©dition, se terminent Ă  Montpellier, la transition touristique est sur toutes les lĂšvres. Oui, il est grand temps de changer de modĂšle. Oui, il faut faire vite. Oui, il faut faire bien et pour cela collaborer. Mais, en mĂȘme temps, la thĂ©matique de cette annĂ©e, Ă©tait claire : le tourisme durable, pour exister, doit affronter ses paradoxes. Et ceux-ci ne manquent pas. Ni au niveau national, ni au niveau international
 oĂč nous nageons, une fois de plus, en pleine « absurdie ». Tour d’horizon.




Les UniversitĂ©s du tourisme durable Ă  Montpellier qui ont rĂ©uni 500 personnes (un succĂšs) ont elles apportĂ© leur contribution Ă  l’intelligence touristique collective - Depositphotos Auteur malpetr

Les UniversitĂ©s du tourisme durable Ă  Montpellier qui ont rĂ©uni 500 personnes (un succĂšs) ont elles apportĂ© leur contribution Ă  l’intelligence touristique collective – Depositphotos Auteur malpetr


 Que se passe-t-il ? Tout d’abord, Bruno Latour, l’auteur d’une pensĂ©e Ă©cologique originale, vient de dĂ©cĂ©der brutalement et nous tenons Ă  lui rendre hommage.

Ses interventions dans le champ de l’écologie politique portaient bien sur les liens entre catastrophes humaines et dĂ©rĂšglement climatique. Plus visionnaire encore, le philosophe avait rĂ©vĂ©lĂ© une lutte entre « classes gĂ©o-sociales » et insistĂ© sur le fait que : « Le capitalisme a creusĂ© sa propre tombe et qu’il s’agit dĂ©sormais de le rĂ©parer. »

ParallĂšlement Ă  cette triste actualitĂ©, nous ne pouvons passer sous silence une autre actualitĂ© qui, s’il s’était agi d’une simple sĂ©quence de science-fiction, aurait pu nous amuser. Sauf que non. La sĂ©quence en question porte sur l’organisation de Jeux Olympiques asiatiques d’hiver en Arabie Saoudite.

Un Ă©tat prĂ©sentant comme le Qatar, deux dĂ©fauts inacceptables : un, c’est un Ă©tat autoritaire et qui le dĂ©montre assez rĂ©guliĂšrement, malgrĂ© quelques Ă©crans d’une fumĂ©e faussement dĂ©mocratique. Deux, ce pays est un dĂ©sert sur lequel il ne tombe jamais le moindre flocon !

Ce qui revient Ă  dire que les « intelligences » de notre monde sont prĂȘtes Ă  accepter que les caprices d’un sultan mĂ©galomane lui permettent de dĂ©verser dans l’air des millions de tonnes de CO2 pour fracturer la montagne, tracer des pistes, multiplier des constructions, bombarder de la neige et de la glace artificielle, exploiter la misĂšre de milliers d’ouvriers dont on peut redouter qu’ils ne soient pas mieux payĂ©s et traitĂ©s que par les Qataris


Une fois de plus, nous Ă©voluons en pleine hypocrisie, contradictions, incohĂ©rence et l’on se demande Ă  quoi peuvent servir des COP et autres raouts internationaux prĂ©conisant Ă  l’humanitĂ© des comportements vertueux ?


Les universités du tourisme durable font le plein


 Car des rĂ©unions, des colloques, des rencontres, des congrĂšs
 il n’y en a jamais eu autant, cherchant tous assidument Ă  rĂ©parer un monde sur lequel canicules, ouragans, montĂ©es du niveau de la mer sont la consĂ©quence directe d’agissements dĂ©lictueux voire criminels ou tout simplement irrĂ©flĂ©chis.

Ainsi, les UniversitĂ©s du tourisme durable Ă  Montpellier qui ont rĂ©uni 500 personnes (un succĂšs) ont elles apportĂ© leur contribution Ă  l’intelligence touristique collective.

AprĂšs des discours d’usage particuliĂšrement offensifs de la part des Ă©lus de la rĂ©gion Occitanie qui accueillait l’évĂ©nement et celui de la prĂ©sidente d’ATD, Caroline Mignon, tĂ©moignant de l’urgence d’agir : « tout s’accĂ©lĂšre, le mur est lĂ  et il est Ă  craindre que cela continue » ou « il faut arrĂȘter avec les demi mesures » et « aller vers des mesures radicales », la nĂ©cessitĂ© de clarifier les contradictions du secteur du tourisme a longuement Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e.

Sous diffĂ©rentes formes : tables rondes, ateliers, sĂ©ances plĂ©niĂšres permettant de passer de la thĂ©orie Ă  la phase concrĂšte, celle de mise en Ɠuvre d’actions efficaces.

Ainsi, pour la thĂ©orie, le tĂ©moignage de jeunes diplĂŽmĂ©s ayant rompu avec le futur pour lequel ils Ă©taient programmĂ©s, a mis en valeur la prise de conscience des jeunes par rapport Ă  l’urgence environnementale et confirmĂ© qu’une partie des gĂ©nĂ©rations Y et Z Ă©taient prĂȘtes Ă  changer ses façons de voyager : vĂ©lo, lenteur, un peu d’activitĂ© champĂȘtre comme le Whoofing
 les solutions proposĂ©es par ces jeunes n’étaient pas Ă  priori innovantes, mais les intentions Ă©taient sincĂšres et encourageantes.

Autres interventions intĂ©ressantes, celles d’un neuroscientifique qui, Ă  sa façon, a dĂ©veloppĂ© Ă  peu prĂšs la mĂȘme thĂ©orie que celle dĂ©veloppĂ©e dans notre article : « Le touriste est-il psychopathe ? ».

Selon Thibaud Griessinger, chercheur en sciences cognitives et sociales appliquĂ©es aux enjeux de transition : la rĂ©sistance au changement fait partie des comportements humains les plus partagĂ©s. Pour de multiples raisons psychologiques, sociologiques, bref anthropologiques, il est Ă©vident, selon lui, qu’il ne sera pas facile de convaincre un public divers, segmentĂ©, multiple, d’avoir un comportement vertueux. D’autant qu’il faudra affronter sa complexitĂ© en lui offrant un discours cohĂ©rent.

Mieux, « il faudra organiser la cohĂ©rence » a insistĂ© le chercheur, « et en finir avec les injonctions contradictoires, tout en anticipant l’avenir ». Lesquelles contribuent Ă  crĂ©er cette fameuse dissonance cognitive.

Quant aux reprĂ©sentants de l’Ademe, ils Ă©taient Ă©galement lĂ  pour souligner leur volontĂ© d’ĂȘtre prĂ©sents aux cĂŽtĂ©s des acteurs du tourisme pour former, Ă©duquer, accompagner les projets allant dans le bon sens. ( Ă  Ă©couter prochainement sur podcasts dont nous vous donnerons le lien).


MobilitĂ©s, pĂ©nurie d’eau, tourisme de masse


Aujourd’hui, l’avenir radieux n’est pas au rendez-vous et l’imagerie qu’il convient de dĂ©velopper se situe aux antipodes des diktats d’hier - CrĂ©dit

Aujourd’hui, l’avenir radieux n’est pas au rendez-vous et l’imagerie qu’il convient de dĂ©velopper se situe aux antipodes des diktats d’hier – CrĂ©dit “h Leclair – Aspheries

Mais c’est probablement dans les ateliers que se sont exprimĂ©es et rĂ©vĂ©lĂ©es la responsabilitĂ© et l’énergie des nouvelles gĂ©nĂ©rations de professionnels qui ont compris le message (sont parfois nĂ©s avec) et sont prĂȘts Ă  mettre leurs compĂ©tences et crĂ©ativitĂ© dans la lutte pour un tourisme durable.

En effet, alors qu’il y a quelques annĂ©es encore, l’heure Ă©tait aux discours et aux dĂ©clarations d’intention, il est clair que l’on est entrĂ©s dans une autre Ă©poque et passĂ©s Ă  la vitesse supĂ©rieure. L’urgence rĂ©vĂ©lĂ©e par les crises que nous traversons, ne peut plus attendre.

La planĂšte non plus. Le tourisme, secteur fragile et ambigu par excellence, encore moins. Ainsi, alors que l’on a remis sur la table le problĂšme du tourisme de masse et de sa compatibilitĂ© avec la durabilitĂ©, celui des clientĂšles : proximitĂ© ou lointaines, celui de la pĂ©nurie Ă  venir d’eau, celui de la nĂ©cessitĂ© de faire de la prospective pour mieux gĂ©rer les crises, l’un des ateliers concernait le chapitre de la mobilitĂ©.

Problématique majeure du développement durable, la mobilité a cependant affiché ses freins : lourdeurs administratives, manque de budget, lenteur des prises de décision, multiplication des acteurs (territoires, rails, fluvial, maritime, aérien
) et permit de confirmer la nécessité de ne plus perdre de temps en palabres.


« Reconditionner les imaginaires »

Il est enfin et surtout un sujet (de longue haleine certes), sur lequel les destinations touristiques peuvent intervenir, c’est celui concernant la rĂ©invention du rĂ©cit touristique.

De quoi s’agit-il ?

Depuis l’aprĂšs-guerre, le modĂšle dominant de l’imagerie touristique vĂ©hiculait des valeurs liĂ©es Ă  la dĂ©tente, la libertĂ©, l’activitĂ© physique
 le tout, plutĂŽt en bord de mer en Ă©tĂ©. C’était l’époque triomphante du « sea sun and sex » incarnĂ© par un Club MĂ©diterranĂ©e tout puissant.

Autre rĂ©fĂ©rence collective majeure : les glisses de plus en plus sophistiquĂ©es pratiquĂ©es par des jeunes au teint exagĂ©rĂ©ment halĂ©. La montagne, rendez-vous d’une Ă©lite Ă©conomiquement favorisĂ©e, pulvĂ©risait les records de popularitĂ©.

On rĂȘvait de ses pistes et de son brio. De son cĂŽtĂ©, la voiture conduisant le vacancier et le touriste sur des routes de plus en plus rapides, dĂ©tenait les clĂ©s des escapades en toute libertĂ©.

Tandis que l’aĂ©roport, de plus en plus vaste et animĂ©, offrant des centaines de dĂ©collages et atterrissages vers des contrĂ©es lointaines, incarnait la toute-puissance de la machine touristique et la croyance dans un progrĂšs technologique linĂ©aire. Toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus nombreux. De toutes façons, rappelons-le, l’OMT estimait Ă  5% les progressions annuelles du secteur.

Or, aujourd’hui, l’avenir radieux n’est pas au rendez-vous et l’imagerie qu’il convient de dĂ©velopper se situe aux antipodes des diktats d’hier. Ce n’est plus le voyage aux Maldives qu’il convient de rendre dĂ©sirable, ni celui en PolynĂ©sie au bout d’un vol interminable.

Ce n’est pas non plus, si l’on veut ĂȘtre cohĂ©rent, le moment de s’extasier sur les tours, les hĂŽtels 7 Ă©toiles et les parcs Ă  thĂšmes des Émirats Arabes Unis. « Les imaginaires touristiques doivent ĂȘtre reconfigurĂ©s », a prĂ©cisĂ© le directeur du CRTL Occitanie, Jean Pinard, Ă  travers un rĂ©cit conforme aux nouvelles exigences d’une planĂšte au bord de l’asphyxie qui devra vivre avec ses excĂšs.

Selon moi, ce message est majeur. Pour changer de monde, il convient de changer de logiciel de communication, tant pour les destinations touristiques que pour l’ensemble des professionnels. Le message a Ă©tĂ© entendu. D’ores et dĂ©jĂ , des dizaines d’exemples dĂ©montrent l’inversion des paradigmes. Mais, il faut aller plus loin
 Comment ? Sur ce sujet aussi, nous reviendrons.

Non sans une derniÚre information : ATD et Atout France ont annoncé un partenariat visant à concevoir le premier Tableau de bord national du tourisme durable.

Un outil de pilotage stratégique permettant de structurer de nouveaux indicateurs à la fois sociaux, environnementaux et sociétaux, en pleine cohérence avec l’ambition du plan Destination France.

Mais, de grñce, cessons d’annoncer que la France vise à devenir la premiùre destination durable du monde
 Alors qu’elle en est si loin et qu’elle est partie si tard, voire trop tard !



Josette Sicsic - DR

Josette Sicsic – DR

Journaliste, consultante, confĂ©renciĂšre, Josette Sicsic observe depuis plus de 25 ans, les mutations du monde afin d’en analyser les consĂ©quences sur le secteur du tourisme.

AprĂšs avoir dĂ©veloppĂ© pendant plus de 20 ans le journal Touriscopie, elle est toujours sur le pont de l’actualitĂ© oĂč elle dĂ©code le prĂ©sent pour prĂ©voir le futur. Sur le site www.tourmag.com, rubrique Futuroscopie, elle publie plusieurs fois par semaine les articles prospectifs et analytiques.

Contact : 06 14 47 99 04

Mail : touriscopie@gmail.com


Notez

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitÎt supprimés par le modérateur.

Signaler un abus

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaĂźt entrez votre commentaire!
S'il vous plaĂźt entrez votre nom ici